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23 Mars 2012
A la Réunion, le bouche à oreille et le réseau personnel restent de loin les premières méthodes d’embauche. Conséquence : plus de la moitié des offres d’emplois ne sont pas transmises au Pôle emploi. Selon un cabinet-conseil, des recrutements de DRH, de DAF, de cadres et d’agents de maîtrise échappent complètement au marché local ?
C’est Béatrice Leperlier (conseillère régionale de l’Alliance faisant campagne pour Jean-Luc Mélenchon) qui a soulevé le problème hier matin sur les ondes de Réunion Première : "55% des offres d’emploi ne passent pas par le Pôle emploi". En clair, plus de la moitié des places disponibles dans les entreprises ou autres ne sont pas proposées directement aux chômeurs inscrits à l’ex-ANPE. Au Pôle emploi, on confirme.
"On a environ 40% des offres", affirme Corine Pascal, en charge de la communication. Mais elle rappelle aussitôt que, selon le code du Travail, "les entreprises n’ont pas obligation de déposer leurs offres au Pôle emploi". Dans les faits, les patrons ont leur propre système de recrutement. "La première méthode d’embauche, c’est le bouche à oreille et le réseau personnel", commente encore Corine Pascal qui veille à ne pas prononcer le mot "copinage" même si au fond, ce n’est là qu’une subtilité sémantique.
"Avant toute procédure formelle, il y a une démarche informelle. La première étape, c’est la mobilisation du réseau. C’est plus rapide et plus fiable. On peut faire appel également à des écoles ou à des syndicats. Ensuite, on consulte les fichiers en interne. Souvent, ce sont des gens qui ont fait des CDD ou des candidatures spontanées. (?) On est dans une proximité sociale. Il y a toujours quelqu’un à placer", relativise Margaret Robert, gérante du cabinet de recrutement Executive RH.
"Le réseau est très développé dans les petites économies insulaires. On place ses enfants, ses cousins. C’est rapide et pas cher", explique l’auteure d’une thèse en communication sur ce thème. Quand les patrons ont du mal à trouver le bon candidat, ils font appel aux cabinets de recrutement ou à des chasseurs de tête ?
"Le syndrome de la Goyave de France ?"
Mais si la préférence régionale fait l’unanimité chez les élus et certains gérants, quel que soit leur bord, il y a encore, comme qui dirait, un os dans le potage ? Certains chefs d’entreprise réunionnais ne jouent pas du tout le jeu de l’embauche locale car ils n’ont pas forcément confiance en des Réunionnais pour des postes d’encadrement. Il y a ainsi des recrutements de DRH (directeur des ressources humaines), de DAF (directeur administratif et financier), de cadres et d’agents de maîtrise qui échappent complètement au marché local.
"Des entreprises vont directement recruter en métropole sans passer par des cabinets locaux. Elles jugent visiblement les Réunionnais, pourtant diplômés, incompétents pour ces postes. C’est le syndrome de la goyave de France ?", explique un cabinet conseil sous couvert de l’anonymat. Autre constat : "Le Réunionnais qui a une expérience à l’étranger et qui revient travailler au pays comme cadre est moins rémunéré qu’un cadre métropolitain". Outre les billets d’avion, un logement et une voiture de fonction, "des métropolitains se voient offrir une prime d’éloignement, et même une prime de chaleur parce qu’il fait chaud à la Réunion". Les 8000 chômeurs diplômés de l’île appréciéront ?
Juliane Ponin-Ballom. Journal de l'île de La Réunion du 23 mars 2012, lien