Association loi 1901, créée en 2009 (contact@noulekapab.com)
6 Décembre 2012
Face à la gravité de la situation actuelle, la réponse de nos dirigeants reposent, une fois de plus sur la mise en place d'un dispositif d’emplois précaires: les emplois d'avenir.
Si l'on peut penser que ce dispositif aura des effets sur le court terme, notamment sur les chiffres du chômage des jeunes, on ne peut pas dire que c'est une réponse au problème structurel.
Dans cette problématique globale, il faut bien évidemment penser différentes solutions, à la fois portant sur le court, moyen et long terme. Mais l'une ne doit pas se faire sans l'autre.
Certains parlementaires de La Réunion reviennent sur l'île très fier(e)s d'avoir obtenu un QUOTA. Il semble estimer avoir accompli leur devoir. C'est particulièrement malhonnête et dangereux face à une population de plus en plus dans le désarroi. 5 000 emplois d’avenir c'est bien mais il reste 155 000 chômeurs!
Tout est vraiment très relatif. Quid aussi de l'harmonisation de ce quota avec celui des autres contrats aidés ? Le quota global sera-t-il revu à la hausse ou pas ?
Sur le dispositif en lui-même :
Cette énième mesure, ciblée sur le chômage des jeunes, quelque soit le nombre de contrats proposés reste une offre de précarité, les contrats couvrant des périodes d'un an renouvelable deux fois.
La durée de ces contrats est insuffisante pour garantir que la personne s'inscrive dans un véritable chemin d’insertion, notamment à travers via la formation. De grandes incertitudes pèsent d'ailleurs sur ce point, leur coût devra être assuré par les employeurs.
Un dispositif coûteux:
5 000 emplois d’avenir sur les 150 000 emplois créé d’ici à 2014. Combien ça coûte?
Dès 2013, l’Etat s’engage à hauteur de 2,3 milliards d’euros pour financer ces emplois. L’aide de l’Etat pourra être accordé pour une durée de 3 ans et s’élèvera dans le cas général à 75% de la rémunération brute au niveau du SMIC.
Pour résumé (secteur non-marchand):
| Coût (en euros) | |
| Rémunération brute mensuelle | 1 425 |
| Montant de l’aide de l’Etat | 1 070 |
| Reste à payer pour l’employeur par mois | 356 |
| Coût annuel pour l’employeur | 4 272 |
(source Ministère du travail)
→ 5 000 emplois d’avenir à La Réunion représente donc un coût pour le secteur non marchand de 21 360 000 euros chaque année. Soit sur 3 ans, 64 080 000 euros.
En matière de financement, dans un contexte économique dégradé, des entreprises en difficultés mais aussi des collectivités toujours sous le coup du gel de leur dotation, on peut sérieusement se demander dans quelles mesures, les employeurs pourront assurer financièrement le recrutement d'emplois d'avenir.
Quel avenir pour les contrats d’apprentissage?
Il y a le rapport Gallois et ses 500 000 apprentis pour 2017, il y a les 8 000 apprentis promis par la Région Réunion pour 2014-2015, il y a les campagne de pub et il y a enfin les milliers de jeunes qui ne trouvent pas d’employeurs pour effectuer leur formation.
Le contrat d’apprentissage est un contrat de travail conclu entre un employeur et un salarié. Son objectif est de permettre à un jeune de suivre une formation générale, théorique et pratique, en vue d’acquérir une qualification professionnelle sanctionnée par un diplôme ou un titre professionnel.
L’apprenti bénéficie d’une rémunération variant en fonction de son âge; en outre, sa rémunération progresse chaque nouvelle année d’éxécution de son contrat. Le salaire minimum perçu par l’apprenti correspond à un pourcentage du SMIC (78% du SMIC pour un apprenti de 21 ans et plus lors de sa 3e année par exemple)
→ Le choix sera donc vite fait pour un employeur qui peut bénéficier d’aides plus stables sur les emplois d’avenir et surtout pour un employé à plein temps.
Quel avenir pour les assistants d’éducation?
Les emplois d’avenir “professeur” visent à accompagner des jeunes qui souhaitent poursuivent leurs études et se destiner aux métiers de l’enseignement. Ces emplois à temps partiel dans les établissements scolaires seront réservés aux étudiants boursiers en deuxième année de licence qui bénéficieront de surcroît d’une bourse de service public spécifique (CROUS). Soit un montant de l’ordre de 900 euros par mois au total. (exactement comme un assistant d’éducation qui cumule avec une bourse du CROUS).
La loi n° 2003-400 du 30 avril 2003 prévoit la possibilité de recruter des assistants d’éducation pour exercer des fonctions d’assistance à l’équipe éducative notamment pour l’encadrement et la surveillance des élèves et l’aide à l’accueil et à l’intégration scolaire des élèves handicapés.
Le dispositif des assistants d’éducation s’inscrit dans l’objectif social d’aide à des étudiants dans la poursuite de leurs études et prend ainsi sa place à côté des autres dispositifs institués par le ministère chargé de l’enseignement supérieur dans ce domaine. Aussi la loi prévoit une priorité aux étudiants boursiers. Les étudiants qui exercent les fonctions d’assistant d’éducation à mi-temps peuvent cumuler leur rémunération avec une bourse d’enseignement supérieur sur critères sociaux ou une allocation d’études.
→ Les emplois d’avenir “professeur” moins coûteux et plus ciblés seront donc privilégiés aux assistants d’éducation.
Il n'y a enfin pas suffisamment de garanties sur la création d'activités qui n'est pas toujours égale à la création d'emplois. C'est une des différences avec le SNEJ (emplois jeunes) :les emplois jeunes avaient pour objectif de créer de l'activité, répondant à des besoins émergent ou non détectés, présentant un caractère d'utilité sociale. C'était une mesure économique. Le risque est de voir déployer le dispositif emplois d'avenir sur des postes et activités déjà existants.
→ Bien évidemment, il nous faut apporter des réponses à l'urgence sociale mais elles sont perfectibles, incomplètes, bâclées et surtout, les mesures d'urgence ne doivent dispenser nos dirigeants d'anticiper suffisamment pour garantir un avenir meilleur.
Sur les emplois d’avenir, nous demandons des garanties sur le maintien des dispositifs existants, que les formations soient adaptés aux secteurs d’activité avec une réelle insertion par la formation et le développement et la structuration des secteurs créateurs d’emplois. Enfin, nous demandons à ce que tous les emplois d’avenir dans le secteur non marchand soient recrutés par le Pôle Emploi.
Nous prônons depuis des années maintenant, un changement via une politique de rupture avec ce qui se fait actuellement, qui prenne en compte l'évolution de nos sociétés, de nos besoins, de nos modes de fonctionnement.
En un peu plus de trente ans, plus de 80 mesures ont été prises en matière de politique pour l'emploi des jeunes, des dispositifs pas forcément évalués, une lisibilité très faible.
Force est de constater que les résultats n'ont pas été à la hauteur des enjeux, pour preuve la persistance d'un chômage structurel, un chômage de masse, aggravé par la dégradation de la situation économique.
30 ans où l'on essaie une multitude de mesures, reposant essentiellement sur la précarité. On voit bien que la succession d'emplois précaires n'est pas une solution pour une insertion professionnelle réussie, c'est à dire, permettant l'accès à un emploi décent et pérenne.
→ 30 ans que les mêmes logiques sont appliquées, 30 ans qu'ils persistent et signent dans cette voie sans issue. Aujourd'hui encore. La précarité dans l'emploi autrefois atypique devient la norme. On applique des mesures qui ont un effet très bref sur les chiffres du chômage mais qui réellement tente de repousser un peu l'échéance d'un peuple privé d'emplois.
Face au problème structurel du chômage de masse, nous défendons une vision globale, du projet de société, au marché du travail lui-même en passant par la formation et l'accompagnement.