C’est le cas de Logambal Souprayen-Cavery. Cette chercheuse sur la façon de parler et d’écrire des Réunionnais travaille notamment depuis plus de dix ans sur les relations entre le créole réunionnais et le français. En l’an 2000, elle a fait un mémoire de Maîtrise de Lettres Modernes à l’Université de La Réunion sur les « mélanges de codes créole/français » ; l’année suivante, elle a obtenu un Diplôme d’Études Approfondies, suite à une étude sur « les pratiques langagières des jeunes réunionnais » ; et en 2007, elle a soutenu une Thèse de doctorat intitulée "L’interlecte réunionnais : approche sociolinguistique des pratiques et des représentations", dirigée par Lambert-Félix Prudent, avec une allocation de recherche attribuée par le Conseil régional de La Réunion.
Une évolution
Cette thèse vient d’être publiée sous la forme d’un ouvrage de 285 pages, édité par l’Harmattan. L’auteure y souligne notamment que « la création d’un Journal Télévisé en créole par RFO (Réunion), d’une Licence créole par l’Université de La Réunion, d’un CAPES de créole par Jack Lang, Ministre de l’Éducation Nationale en 2000, les nombreuses utilisations du créole à la télévision, à la radio, dans la presse écrite et la pratique du français dans les foyers réunionnais mettent en évidence que le français et le créole tendent à être utilisés dans les zones où leurs apparitions étaient autrefois rares ou interdites ».
Sur cette évolution de notre façon de nous exprimer, elle ajoute que « l’autre phénomène observable actuellement concerne les pratiques langagières des Réunionnais : la parole réunionnaise se caractérise par ce que les Réunionnais nomment eux-mêmes le "mélange" du créole et du français. De plus, les importantes transformations sociales de l’île qui ont modifié la situation sociolinguistique réunionnaise infirment en 2007 l’hypothèse des trois variétés linguistiques et la répartition ethnolinguistique émise par Carayol et Chaudenson en 1978 »
La résistance réunionnaise
Lundi dernier, lors d’une conférence publique à Saint-Paul, Logambal Souprayen-Cavery a conclu la présentation de son livre en déclarant : « le concept d’interlecte concerne autant les langues que les individus et il est donc un phénomène sociétaire ; je pourrais ajouter que "l’interlectalisation" pourrait permettre d’expliquer la construction du "réunionnais" (langues, individus, identités…) ».
Cette étude très intéressante nous prouve — comme bien d’autres événements socio-culturels et politiques — que la réunionnité de notre peuple continue à se construire et que celui-ci ne laisse pas écraser son identité spécifique par le rouleau compresseur de l’assimilation néo-coloniale toujours en marche dans le pays.
Depuis trois siècles et demi de prise de possession du pays par les colonialistes de France, le peuple réunionnais a vu tout ce que les responsables de la colonisation du pays ont fait pour sur-exploiter les esclaves, les engagés et les classes laborieuses mais aussi pour couper les diverses racines culturelles de nos ancêtres, pour étouffer notre Histoire, pour nier notre identité, éliminer notre langue et pour détenir l’essentiel des pouvoirs. Mais la résistance réunionnaise nous a permis de faire face à ces diverses formes d’oppression, d’inégalités et de mépris.
Et la jeunesse est là pour continuer ce combat. Nout zénèss i bouz pou son péi !
Roger Orlu, Témoignages, vendredi 20 mai 2011, lien
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