NOU LÉ KAPAB

Association loi 1901, créée en 2009 (contact@noulekapab.com)

Publicité

Farreyrol, les jeunes et la révolte : toute une histoire!

Dans l’édition du 31 janvier 2011, dans le journal Le Quotidien, deux pages sont consacrées à Jacqueline Farreyrol, où elle nous expose son avis et son analyse sur différents sujets de société. Je n’ai pas pour habitude de réagir aux différentes âneries de certains de nos élus qui excellent pourtant dans ce domaine. Mais aujourd’hui, on ne peut rester insensible face à de tels propos.

Dans cette interview, elle déclare « les jeunes ne veulent plus travailler », « ils disent tous les jours qu’ils préfèrent garder leur petite monnaie et faire un travail au noir ». En voilà des propos réducteurs et faciles.

La Réunion compte 55,3% des jeunes qui sont au chômage, le plus fort taux de France et d’Europe, ainsi que 52% de la population qui vit en dessous du seuil national de pauvreté.

Je veux bien croire qu’il y ait quelques abus ici ou là, comme partout et en premier lieu dans le monde politique. Il conviendrait d’ores et déjà de dénoncer ceux là, mais là c’est un autre débat.

Quoiqu’il en soit, les 55,3% des jeunes qui sont aujourd’hui au chômage, sans compter selon elle de le vouloir, se complaisent dans cette situation ?

La centaine de docteurs chômeurs que nous comptons à la Réunion, se satisfait-elle pleinement de leur situation après plus de huit ans d’études ?

Les milliers de jeunes qui suivent pendant des années une scolarité, obtiennent des diplômes parce qu’on leur a rabâché pendant des années que c’était la condition pour avoir un emploi, sont-ils aujourd’hui content de pointer au Pôle Emploi ?

Est-ce de l’espoir que l’on donne aux jeunes collégiens, lycéens ou même étudiants lorsqu’ils voient leurs grands-parents, parents, frères, sœurs, cousins, cousines dans une situation de précarité et ce malgré leurs qualifications ?

Les propos de madame le député sont faciles et réducteurs. C’est facile de mettre tout le monde dans le monde panier, de faire des généralités de toute une population comme c’est facile aussi lorsque l’on est au pouvoir, de se dire face à une situation catastrophique que c’est de la faute aux jeunes. Mais la question de l’emploi relève de la responsabilité de l’Etat et donc du gouvernement, qu’elle soutient. Les jeunes eux n’ont pas encore la possibilité, malheureusement de dire ce qu’ils en pensent et de prendre part aux décisions qui les concernent et cela dans les instances de notre société.

C’est tellement facile de faire des constats et tellement facile de se cantonner à des préjugés. Il est vrai que chercher les véritables causes afin de trouver des solutions adéquates demandent un peu plus de talents, de travail, de recherche. Mais avant tout, il faut de la volonté. La volonté d’aller lire ce qu’il peut se dire sur le chômage des jeunes par exemple… Les études ne manquent pourtant pas et selon l’INSEE, bien que les personnes aient envie de travailler et soient disponibles, elles ne font pas de démarches car elles sont découragées par le système.

Ne pas s’indigner, comprendre. Il n’y a là que des liens de causes à effets.

Révolte = casse

« -Face à la situation de chômage, n’auriez-vous pas envie vous révolter si vous aviez 20 ans aujourd’hui ? – Je n’ai pas l’âme de tout casser, je ne resterai pas les bras croisés à toucher le RMI, je m’efforcerai d’inventer une entreprise ».

Au-delà du fait qu’elle n’a pas du créer ni rencontrer beaucoup de jeunes entrepreneurs pour voir la galère que c’est, notamment en ce qui concerne l’accompagnement de ces jeunes tant sur le plan administratif, juridique ou encore financier, c’est la définition de « révolte » qui ici me pose un problème. Encore une fois, des propos réducteurs et faciles.

Engagée depuis plusieurs années, je suis chaque jour un peu plus, révoltée contre un système qui a atteint ses limites et qui produit des injustices. Aussi, j’ai fait le choix de battre pour que les choses changent. Pourtant, ne me viens pas à l’idée, d’aller casser quoique se soit.

J’ai par ailleurs, un profond respect pour celles et ceux qui, avant nous ont mené la lutte et se sont révoltés face à des situations injustes et ont acquis pour nous des conditions de vie meilleures, plus justes et qui de plus en plus, malheureusement sont remis en cause.

Par ailleurs, là encore, il convient de voir pourquoi la révolte a lieu d’être. Ce n’est pas un acte facile, il serait bon pour cette élue de se renseigner sur l’Histoire du monde et de constater que cela se fait souvent au prix de nombreuses vies, sur de longues périodes, suite à l’indignation d’une personne ou d’un peuple face à une situation considérée comme intolérable et pour l’intérêt de toute une population.  Albert Camus disait « Ce n’est pas la révolte elle-même qui est noble, c’est ce qu’elle exige ».

Aussi, quelles possibilités aurait-elle aujourd’hui de se prononcer sur différents sujets si des femmes et des hommes ne s’étaient pas révoltés contre la censure ou encore la domination masculine ?

Au-delà du côté réducteur et donc facile, ce que je déplore le plus, c’est le caractère irrespectueux et injuste de ces propos, à la fois envers notre Histoire et celles et ceux qui au cours de leurs vies se sont révoltés mais aussi envers la jeunesse réunionnaise qui aspire de toute évidence à un avenir meilleur.

- Béatrice Leperlier - 

Publicité
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article