NOU LÉ KAPAB

Association loi 1901, créée en 2009 (contact@noulekapab.com)

Témoignage d'un Réunionnais

revue135_mobilite_g2.gifDans un groupe Facebook intitulé GPX974, Idriss Ranga relate les difficultés vécus par bon nombre de Réunionnais en métropole:

 

Savoir qu’il faut venir, mais le vivre !

Pour devenir policier, il faut être reçu à un concours que tu passes dans ta région, et pour les réunionnais, ils le passent sur leur ile natale. Après être reçu il faut aller en école de police en Métropole, et être affecté sur le territoire métropolitain à l’issue. Il n’y a pas de poste pour l’ile de la réunion en sortie d’école. Ce que l’on ne sait pas, c’est qu’on est parti pour 10 à 12 ans minimum, loin de son île. Après avoir fait toute sa vie à la Réunion, entouré de sa famille, dans son cocon, on se retrouve seul et pas accompagné.

 

L’éloignement

Quitter son ile, et faire 10000 km pour trouver du travail, n’est pas chose aisée lorsqu’on n’y est pas préparé psychologiquement et financièrement. On arrive dans une nouvelle atmosphère, une nouvelle ambiance, de nouvelles températures, de nouvelles mentalités. L’environnement n’est pas adapté à une personne qui a vécu toute sa jeunesse sur une ile et surtout pour celui qui n’a pas de famille ou d’entourage proche sur place.

 

Les évènements familiaux

A la Réunion les gens sont très "famille", donc très entourés. Chaque évènement est très important pour son équilibre. Il y a souvent un mariage, un baptême, un anniversaire, une cérémonie religieuse, une occasion pour réunir la famille et se retrouver. Lorsqu’on est à 10000 km, il faut faire une croix sur tout cela. Et je ne parle pas de décès et de maladie dans la famille. Beaucoup de compatriotes le vivent très mal.

 

Vie de couple

Beaucoup de réunionnais arrivent jeunes en Métropole. Après s’être installé, il souhaite fonder une famille, et investir dans un logement. Mais là encore, le réunionnais est confronté à un autre souci. Il est entre sa femme qui n’arrive pas à s’adapter, qui ne veut pas venir en Métropole, qui a des problèmes de santé. Seul sans famille, et ayant perdu ses repères, le couple ne tient pas. Beaucoup ne peuvent pas ou ne veulent pas avoir d’enfant, de peur de ne pas y arriver et celui qui a des enfants, se trouve également dans une situation délicate. Les enfants grandissent, et beaucoup ne veulent pas aller vivre sur la terre de ses parents, de peur de perdre ses repères. Alors les parents se retrouvent contraint à rester ici en métropole, loin des ses origines.

 

Retour en vacances

Aussi pour ne pas perdre contact avec les siens, il y a les vacances. Mais lorsqu’on arrive sur place, on est considéré comme un touriste ou un étranger de passage. On est reçu par la famille comme un expatrié et non comme celui qui petit ou plus jeune était celui qui était des leurs. La famille ne nous voit plus de la même façon. Les petits ne nous reconnaissent pas ou plus. Et le fossé se creuse de plus en plus suivant le nombre d’années passées en exil. De plus lorsqu’on est muté, on est mis à part, et la réintégration dans le noyau familial se passe souvent mal.

 

Aujourd’hui on nous parle de continuité territoriale, d’intégration des jeunes réunionnais vers le monde extérieur, mais a-t-on pensé au devenir de ces jeunes ? Nos jeunes quittent l’ile pour apprendre, mais y a-t-il une place pour eux à leur retour ? On parle de préférence régionale, mais combien attendent de rentrer et se voient passer devant eux des personnes qui n’ont d’autres ambitions que de profiter du système ? Notre culture risque de se perdre et ne pourra survivre que si nos jeunes pouvaient revenir et apporter leur savoir faire, partager leurs expériences. Pour y retourner, il nous reste la démission, trouver une place en Police Municipale, ou un drame humain.

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