NOU LÉ KAPAB

NOU LÉ KAPAB

Association loi 1901, créée en 2009 (contact@noulekapab.com)

Discours de Gilles Leperlier au Forum des idées Outremers

La Réunion a été peuplée par des hommes et des femmes venus d’Europe, d’Afrique et d’Asie. Arrivés avec leur culture, leur mode de vie, leur tradition, ils ont, chacun à leur manière, construit et enrichi une société moderne.

 

Sur 350 ans d’histoire, notre île a été marquée par 300 ans d’esclavage, d’engagisme et de colonisation. Face à cette réalité, il est prétentieux et dérisoire de vouloir nous assimiler à un territoire de l’hexagone. Et pour paraphraser le slogan sur les parkings des personnes porteuses d’un handicap : « si tu veux ma place, prend aussi mon handicap ».

 

Le 19 mars 1946, ruinée au lendemain de la guerre, La Réunion accède au statut de département d’outre mer. Si de grandes avancées vont être réalisées d’un point de vue matériel, entraînant une amélioration réelle, l’abolition du statut colonial n’a pas remis en cause les structures mêmes de la colonisation et du colbertisme. Dans une certaine mesure, elle a même été accentuée par la départementalisation. Aujourd’hui, l’assimilation doit être abolie !

 

Après être parvenu à l’égalité des droits, le schéma de développement issu de l’assimilation et de l’intégration est devenu obsolète : 49% de la population vievent sous le seuil national de pauvreté, 55% des jeunes de 16 à 25 ans au chômage, une jeunesse désœuvrée, perdue et déstructurée.

 

Alors que nous célèbrerons le 10 mai prochain le 10ème anniversaire de la loi reconnaissant l’esclavage comme crime contre l’humanité, la reconnaissance du rôle de la France dans ses actes de barbarie et la nécessité d’enseigner tout cela à l’ensemble de la population française, le président de la République à déclaré cette année lors des vœux pour l’outre mer que l’esclavage était fini et que le seul asservissement du peuple qu’il restait était le chômage et la pauvreté. Avec la moitié de la population réunionnaise vivant sous le seuil national de pauvreté et avec le plus fort taux de chômage de France et d’Europe chez les jeunes, il apparait clairement que l’esclavage n’est pas terminé à La Réunion !

 

Déjà, en 1982, le Premier Ministre Pierre Mauroy, en visite chez nous, avait entendu les propos suivants : « Terre métisse, île bilingue, lieu de rencontre de trois continents, enrichi de toutes les richesses venues d’Afrique, de France, de Madagascar et d’Asie, La Réunion veut être elle-même car ce n’est pas en se niant par un mimétisme dérisoire mais en affirmant sa singularité qu’elle assume et enrichit notre communauté ». Où en est-on aujourd’hui, après des années d’alternance ?

 

A l’heure de la mondialisation des échanges et du bouleversement de l’ordre mondial, souvent nourris par des affrontements sur des problèmes d’identité, nous devons mettre en avant et renforcer notre culture issue des cultures plurielles. Le changement de gouvernement en 2012 devra réhabiliter le projet mondialement connu de la Maison des Civilisations et de l’Unité Réunionnaise, supprimé en Mars dernier par l’UMP.

 

Encore plus symptomatique : Trois mois après cette décision inique, le Maloya a été inscrit au patrimoine culturel immatériel de l'humanité. Après des années de clandestinité, c’est une reconnaissance mondiale de la culture vivante Réunionnaise, des femmes et des hommes qui l’ont constituée, défendue, mise en valeur, transmise de génération en génération malgré l’interdiction, le déni, la marginalisation, le mépris et l’assimilation outrancière. Danyel Waro, chantre de la culture réunionnaise a reçu le prestigieux trophée…

 

Un mot sur l’Ecole. L’école a un rôle décisif à jouer. L’enseignement de l’histoire et de la culture Réunionnaise aux réunionnais, mais aussi aux français d’hexagone, permettra à la jeunesse de s’épanouir et de devenir des citoyens responsables quand ils auront assumé leur identité. Actuellement, l’enseignement de l’Histoire de La Réunion est insuffisante, si ce n’est réductrice et falsificatrice.

 

Les réunionnaises et réunionnais ne sont pas forcément descendants des gaulois et l’Histoire de France n’a pas toujours été glorieuse. Il est donc primordial que l’histoire de France, les civilisations indiennes, africaines, chinoise et l’histoire des autres îles de l’Océan Indien soient intégrées dans les programmes, afin que les enfants puissent s’approprier leur histoire plurielle, fondement d’une conscience avant-gardiste, planétaire.

 

Vous savez, la caricature est telle qu’au Lycée hôtelier de La Réunion, nos jeunes sont notés sur la cuisine française qui, paradoxalement, ne comprend pas la cuisine créole.

 

L’enseignement intégré du créole réunionnais et du français permettra aussi de lutter contre l’illettrisme, générateur de profondes frustrations et d’inégalités.

 

Les connaissances historiques, cultuelles et culturelles des enseignants à la Réunion sont aussi fondamentales. Il permettra de réduire les difficultés de compréhension des enfants, qui pourront à terme suivre un parcours scolaire stable et serein.

 

Lorsque les Réunionnais auront été sensibilisés dès l’enfance à La Réunion dans sa diversité et dans ses spécificités, ils éprouveront ce sentiment de fierté et d’appartenance, indispensable à celui qui veut être acteur de son développement.

 

En tout cas, notre objectif est de mettre fin à une situation caricaturale où sur 1000 embauches chaque année dans l’Education nationale à La Réunion, seulement 100 Réunionnais sont recrutés, alors que l’île ne manque pas de jeunes formés.

 

Il y a quelques mois, un débat télévisé était organisé avec les jeunes du Chaudron, au cœur du quartier où des émeutes ont éclaté en 1991. Je me souviendrais toujours de la déclaration de l’un d’entre eux, je cite : « A La Réunion, on a eu l’esclavage, puis les enfants de la creuse et aujourd’hui, au même titre, on nous impose la mobilité ».

 

Quoi vous dire, en final ?

 

J’éprouve beaucoup de mépris pour les hypocrites qui honorent Aimé Césaire au Panthéon mais qui enterre son testament: « Chaque peuple a sa culture, chaque peuple a sa civilisation, tout cela est à prendre en compte et nous amène à une conception différente du monde. Il faut réunir toutes les civilisations, être conscients des différences qui existent entre elles pour mieux les développer et, en même temps, parallèlement, un grand effort doit être fait pour unir ces spécificités dans un phénomène nouveau : LA civilisation ».

 

Les jeunes Réunionnais seront très vigilants. Merci de votre attention. Liens vers la vidéo

 

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