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Des futurs docteurs privés de bourse de recherche

Par Véronique Hummel, Clicanoo.com, le samedi 30 octobre 2010, lien 

 

Des futurs docteurs privés de bourse de recherche

De gauche à droite : Emeline Vidot, Béatrice Leperlier (Ajfer) et Camille Maillot (Unef).

Les critères d’attribution des “bourses doctorales” par la Région ont changé cette année. Plusieurs étudiants ont vu leur dossier noté “très favorable” par la commission d’experts, mais refusé par les conseillers régionaux. L’Ajfer, par la voix de Béatrice Leperlier, s’insurge.

 

Mille deux cents euros par mois pendant trois ans : la “bourse doctorale” est précieuse pour préparer une thèse de doctorat. Cette année, une quarantaine d’étudiants ont présenté à la Région un dossier de demande de bourse, et attendent impatiemment le vote des conseillers régionaux pour savoir s’ils y auront droit. Entre-temps, les dossiers ont été examinés par une “commission d’expertise”, composée notamment d’universitaires et de représentants d’organismes (Cirad), qui donne un avis consultatif.

 

Les années précédentes, explique Béatrice Leperlier, conseillère régionale de l’opposition (Alliance), les élus suivaient globalement les avis des experts, accordant des bourses aux candidats ayant recueilli un “avis très favorable” ou “favorable”. Mais en 2010, la nouvelle majorité politique veut travailler différemment. Et Béatrice Leperlier s’insurge, au nom de l’Alliance des jeunes pour la formation et l’emploi à La Réunion : “On dénonce le déclassement de plusieurs étudiants”.

 

Privilégier l’insertion professionnelle


Parmi ces étudiants “déclassés”, Emeline Vidot, titulaire d’un master “langue, texte et communication” avec une note de 17,5/20, veut effectuer sa thèse sur “La construction d’une identité réunionnaise de 1959 à nos jours.

 

Représentations culturelles et constructions discursives”. L’étudiante veut “prendre en compte les revendications identitaires à travers les textes et le débat politique”. Et malgré un “avis très favorable” de la commission d’expertise, les conseillers régionaux réunis jeudi (Frédéric Cadet, Huguette Vidot et David Lorion) lui refusent la bourse. Sur les vingt candidats qui ont obtenu un avis “favorable” ou “très favorable” des experts, six sont refusés. Les élus accordent pourtant une bourse à trois candidats pour lesquels les experts avaient un “avis réservé”, c’est-à-dire défavorable.

 

Pourquoi ces contradictions ? Frédéric Cadet, conseiller régional et ancien président de l’université réunionnaise, rappelle les priorités de l’actuelle majorité : “structuration de la chaîne de l’innovation, structuration de clusters (*) pour le tourisme, les biotechnologies, les énergies, la mer, les Tic (technologies de l’information et de la communication)”. M. Cadet insiste : “Nous voulons privilégier les jeunes qui pourront s’insérer professionnellement. Il y a déjà plus de cent docteurs au chômage à La Réunion”. Ainsi, des travaux sur l’illettrisme ou les grossesses non désirées sont apparus prioritaires, par rapport à des recherches sur l’identité réunionnaise ou les glissements de terrains. N’est-il pas possible d’augmenter le nombre d’allocations, comme le suggère Béatrice Leperlier ? “Non, accorder 20 allocations pour 40 candidats, c’est déjà mieux que les cinq allocations nationales accordées par l’Etat dans chaque académie” rétorque M. Cadet. Avant le prochain vote de la commission permanente, les jeunes de l’Ajfer espèrent modifier la donne.


(*) Clusters : regroupement d’entreprises et d’organismes de recherche et d’enseignement.

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C


Il y a eu également des inégalités dans l'attribution des bourses doctorales de coopération, je souhaiterais en discuter avec vous. Pourriez vous me contacter. Merci



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P


Quand on met son bulletin dans l'urne on se renseigne sur le parcours des candidats et on ne s'étonne pas de leurs actes !


Monsieur Cadet semble reproduire le système qui lui a permis d'accéder à ces différents postes à La Réunion! Comment a-t-il eu sa bourse de doctorant , son sujet et son laboratoire à La
Réunion dans les années 80 ? être si jeune doyen et recteur...


Certainement parce que la FBP ase était vitale pour le développement de la Réunion. En tout cas beaucoup plus que le traitement des glissements de terrain qui peuvent mettre en danger la
population.


Je soutiens les doctorants éconduits par Mr Cadet et leur apporte mon témoignage qu'en 25 ans les choses à La Réunion concernant l'intégration des jeunes diplômés créoles défavorisés, sans
appuis politiques, n'ont pas changées.


Pour le cas présent un comportement politique responsable et éthique aurait été de prendre en compte l'avis de la commission avec les règles connues de tous au dépôt des dossiers. De
politiquement rajouter en surplus les dossiers des étudiants répondant aux nouveaux critères souhaités par la nouvelle majorité. Puis de définir de nouvelles règles d'attribution connues de tous
pour l'année suivante. cela était-il si difficile ? peut-être trop logique pour de si brillants scientifiques et politiques ....


Monsieur Cadet est d'ailleurs le "chantre de la mobilité" pour les autres car on ne peut pas dire que 3 années d'études en métropole (licence, maîtrise et dea) et quelques mois à
Poitiers en tant que recteur soient le plus bel exemple de la véritable mobilité qu'il prône pour les jeunes réunionnais.


Heureusement, beaucoup de diplômés réunionnais font de vraies mobilités et réussissent par leurs compétences et leurs résultats. ils portent haut et fièrement en dehors de
l'île, l'image de la Réunion.


Mme B. CELESTE



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