NOU LÉ KAPAB

NOU LÉ KAPAB

Association loi 1901, créée en 2009 (contact@noulekapab.com)

"À compétences égales, recrutement local"… à la tête de la police nationale ?

"C'est un combat pour la Réunion et non pas contre les métropolitains", dixit Gilles Leperlier en parlant de la préférence régionale. C'était avant-hier, lors d'une conférence de presse. Le responsable de l'Alliance des jeunes pour la formation et l'emploi à La Réunion (Ajfer) ne dit pas que des bêtises. Dans une île rongée par un chômage grandissant où, paradoxalement, le nombre de Réunionnais qualifiés et diplômés ne cesse d'augmenter, le combat de l'Ajfer apparaît somme toute comme légitime.

 

002-copie-1.jpgMais c'est un combat qui n'est pas sans risque car, dès lors, que certains osent évoquer publiquement "préférence régionale", ils se voient aussitôt taxer de "racistes" ou "d'anti z'oreils". Or, le  débat n'est pas là. Il n'est pas question de ne réserver systématiquement tous les postes libres que pour des  autochtones. Non, ce que Gilles Leperlier soutient, comme l'ont fait d'autres avant lui, c'est "qu'à compétences  requises, préférence régionale", c'est-à-dire embauche locale, dans la mesure du possible. Et sans volonté aucune  d'ostracisme, sans tomber dans certains travers antillais, qui frisent effectivement une certaine forme de racisme.

 

Prenons un exemple concret. Pierrette Gunther-Saës, notre directrice départementale de la police nationale à La Réunion va bientôt partir, affectée en métropole à un autre poste, qui est loin d'être un placard doré. C'en est même une promotion et elle l'a sûrement méritée. Se pose aujourd'hui la question de sa succession. Le ministère de l'Intérieur devra trancher au plus tard le 20 juin, date de la réunion de la commission administrative. Laquelle aura le choix entre  deux fonctionnaires qui présentent le même "pedigree" : deux Français dont un actuellement en poste à Grenoble et l'autre en fonction à la Réunion, son île natale.

 

Ils étaient plusieurs postulants sur le poste de Mme Gunther-Saës, mais au terme des auditions, il n'en reste plus que deux. Parmi ces deux fonctionnaires figure un policier bien connu des Réunionnais. Il s'agit de Jean-François Lebon, ancien champion de karaté et policier dont les compétences professionnelles et les qualités humaines sont reconnues par ses pairs et par l'administration. Il est actuellement  numéro 2 de la police nationale à la Réunion et a assuré plus d'une fois l'intérim à la tête de la DDPN. Jean-François  Lebon a déjà fait sa mobilité. Il a travaillé durant longtemps de "l'autre côté la mer" avant de revenir au pays où il a gravi tous les échelons, de Malartic à la PAF, avant d'être nommé directeur-adjoint départemental de la police nationale.

 

Il a  tout le profil professionnel requis aujourd'hui pour occuper les fonctions de numéro 1. Dans les coulisses du ministère de l'Intérieur et de l'Elysée, le député-maire Progrès-PS Patrick Lebreton, auteur d'un rapport sur la  régionalisation de l'emploi qui a été remis il y a six mois à l'ancien ministre de l'Outre-mer, plaide en faveur du  commissaire Lebon. On sait aussi que le travail de Jean-François Lebon, qui connaît bien le terrain et les policiers de  l'île, est apprécié du préfet Jean-Luc Marx avec lequel il travaille en étroite collaboration.

 

Quelle sera la décision de la commission administrative qui - hasard du calendrier - a été programmée au 20 juin, le jour même où Bernard Cazeneuve, ministre de l'Intérieur sera à la Réunion, vraisemblablement en compagnie de  George Pau-Langevin, ministre des Outre-mer ?

L'annonce par le ministre de l'Intérieur - ou par le président de la République carrément, le 25 ou 26 juillet prochain - de  la nomination d'un "local" à la direction départementale de la police nationale serait considérée par plus d'un  politique et par l'Ajfer comme hautement symbolique à l'heure où la régionalisation des emplois fait débat. Pour l'instant, le conditionnel reste de mise car la commission n'a pas encore tranché.

 

Mais il va sans dire que si le gouvernement voulait envoyer un signal fort dans ce domaine, il n'agirait pas autrement que de nommer un Réunionnais comme patron de la police nationale dans son île natale. Ce serait une première. François Hollande pourrait alors s'en vanter en soulignant :  "D'autres l'ont dit, moi je l'ai fait !"

Edito d'Yves Mont-Rouge - Journal de l'ïle de la Réunion - Mercredi 11 juin 2014

Partager cet article

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article